Manifestations peu connues, les éruptions limniques peuvent transformer un paisible lac en véritable machine à tuer en libérant du gaz mortel. Explication du phénomène et retour sur une des plus étranges catastrophes naturelles du XXe siècle.
Les lacs peuvent tuer. C’est la douloureuse expérience qu’on subit 1750 camerounais lorsque le lac Nyos accoucha d’un nuage toxique, le 21 août 1986. Deux ans plus tôt, un autre dégazage au lac Monoun, à seulement 100 kilomètres de distance, emporta 37 vies humaines.
Réactions en chaîne
Les deux lacs ont la particularité d’avoir été formés par de vieilles explosions volcaniques. Leur fond est alors tapissé de CO2 qui remonte de la roche pour se dissoudre dans l’eau. Il reste prisonnier en profondeur car l’eau chargée en dioxyde de carbone est plus dense. Ces deux couches d’eau superposées cohabitent et l’équilibre s’installe : jamais le CO2 n’atteint la surface.
C’est pourtant ce qui s’est passé en 1984 et 1986 au Cameroun. Un glissement de terrain aurait brisé cet équilibre en brassant les eaux du lacs. « La pression a alors diminué. Des bulles de gaz se sont formées et ont propulsé l’eau vers le haut, à la manière des bulles de champagne quand on vient juste d’ouvrir une bouteille », explique Michel Halbwachs, de l’Université de Savoie sur le site LaRecherche.fr.
Sur le lac Nyos, où la quantité de gaz relâché fut la plus grande, l’eau aurait jailli à plus de 80 mètres et près d’1,6 million de tonnes de CO2 se sont ainsi dissipées dans l’atmosphère. Le nuage a gagné la vallée, emportant toute vie humaine et animale dans un rayon de 25 kilomètres. On dénombra 1746 victimes et des milliers d’animaux morts, le tout dans un environnement resté intact. Une scène digne de science-fiction.
Le site Axolot avance que les chercheurs ne comprirent pas tout de suite ce qui s’était passé, les victimes ne présentant aucune trace de blessure, ni d’agonie apparente. Mais c’est le lac lui-même qui leur aurait donné la voie : les eaux habituellement bleues s’étaient teintes en rouge profond, à cause du fer remonté à la surface.
Vers une autre catastrophe du genre ?
Le phénomène est assez peu répandu pour avoir attiré l’attention des scientifiques et des autorités locales. Depuis 2001, une opération de pompage du gaz, baptisée les « Orgues de Nyos », est en cours. Sur le lac Monoun, responsable lui aussi de pertes humaines, le dégazage s’effectue depuis 2003. Les techniques utilisées et surtout les quantités de gaz évacuées divisent les scientifiques, certains estimant que cela ne suffit pas pour éviter une autre catastrophe du genre.
Enfin, sachez qu’il existe un troisième et dernier « lac tueur » dans le monde. Le lac Kivu, au Congo, n’a encore asphixié personne, mais sa situation reste très préoccupante. Aucune opération de dégazage n’y est en cours alors qu’il contient 300 fois plus de gaz que le lac Nyos, que le taux de saturation du CO2 est presque atteint et que plusieurs millions de personnes vivent sur ses rives.
Sources : La Recherche
Axolot
Pour aller plus loin, visionnez le documentaire diffusé par France 5 sur le sujet (55 min, en trois parties) :
SUPERSCIENCE 8_9 – Lacs tueurs 1_3 par einstein-rosen-podolsky









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